Blouse # 9 : Marin d’eau douce

« Bonjour, bonjour les hirondelles! « 

Je m’étais promis de ne pas commenter le temps qu’il fait dans ce nouveau billet…au risque de vous perdre à jamais, vous qui subissez chaque semaine ma cyclothymie météorologique. Je me pince donc les lèvres, je serre les dents et j’évite de songer aux fleurs légères qui sautillent sur ma nouvelle blouse.

Vous ai-je dit que j’ai pu semer les premiers escholtzias pendant ce beau week-end de Pâques? Et les pois gourmands, et les radis, et la laitue à couper! J’ai vu sortir les muscaris et j’ai cueilli des bouquets de jonquilles.

J’ai appris de nouvelles techniques de culture  potagère au nom barbare – hügelcultur  – dont je pressens qu’elles ne suffiront pas plus que les précédentes à amender la terre pauvre et calcaire des environs de Fontainebleau. Mais qu’importe, le printemps autorise les grandes espérances et les folles entreprises.

J’ai cousu beaucoup (décidément ma broderie florale avance lentement…pauvre Eliana!) et j’ai même tricoté (et oui, je m’y mets mais c’est encore fort laborieux). Que l’on ne m’accuse pas d’avoir encore trouvé des moyens détournés d’évoquer ici la couleur du ciel et les jeunes pousses printanières, je vous ai simplement raconté mon week-end : ça se fait entre ami-e-s, non?

Pointons le bout d’une épaule discrètement…tentons de passer inaperçue : une petite épaule fleurie, ça n’a jamais tué une couturière. Avec un peu de chance, mes fleurs printanières, mes peintres japonais et mes sakura d’avril ne paraîtront pas redondants.

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Je vous laisse vous aiguiser l’oeil. Je sais : cela fait longtemps que vous n’en n’aviez pas vu autant d’un coup…toutes ces fleurs, c’est un peu exagéré. Et roses en plus! Regardez comme elles sont délicates les mignonnes. Oh ne croyez pas…ce ne sont pas de simples fleurs roses. Ne les réduisons pas à leur caractère le plus évident : nommons-les une à une, avec respect et circonspection. Au dessus de la poche buste, je crois distinguer une liliacée, peut-être même une tulipe Rose des vents.

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Et là, regardez, sur le bas de la manche droite, on aperçoit un Pavot d’Orient! Ceux-là sont mes préférés avec leurs pétales froissés et leurs bourgeons rêches et poilus.

Quelques pivoines se baladent l’air de rien… un peu en avance sur la saison, sans doute. Évidemment, des fleurs de cerisiers se sont fait la malle sur ma blouse de printemps. Vous n’alliez tout même pas croire qu’un aquarelliste japonais oublierait les cerisiers, voyons?  Il me semble que l’on distingue encore des magnolias, quelques roses (un peu facile, certes), des criniums powelii et quelques azalées.

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Puisque nous n’en sommes encore qu’au printemps, je suis restée prudente. Je sais que Nani Iro et moi – ça y est, nous voilà intimes!- nous aimons les motifs et les matières aériennes. La double-gaze me tendait les bras..mais en avril avec son cortège de dictions idiots et trop souvent justes, la double-gaze c’est un peu léger.

Soyons honnête, j’essaie de rationaliser mon achat de flanelle de coton a posteriori. La vérité vraie est que je n’avais pas vu qu’il s’agissait de flanelle de coton et non pas de double gaze ou de voile de coton et soie. J’aimais tant ce motif floral que je me suis précipité : j’avais prévu d’en faire une blouse Carme de Pauline Alice. À la réception, je n’ai pas été déçue, cette flanelle est magnifique : le motif est extrêmement travaillé et la luminosité très forte au moment de la prise de vue ne m’a pas permis de vous en montrer tous les détails : les jolies teintes de peintures métallisées, les dégradés empourprés qui composent chaque pétale, les touches subtiles d’azur, et la légèreté caractéristique du pinceau de Nani Iro. La flanelle en elle-même est de très belle qualité aussi : douce et très souple, elle ne se froisse pas trop rapidement et garde un côté brut qui convient si bien au motif floral du tissu. Comme c’est toujours le cas avec une flanelle de pur coton, le tissu respire : on peut difficilement trouver une matière plus agréable à porter.

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Le seul problème de ma flanelle de coton, c’est qu’il s’agit d’une étoffe qui ne convient pas au modèle de la blouse Carme. Souvenez-vous du test de « compressibilité » dont nous avions parlé dans le deuxième article de la série « Qu’est-ce qu’un tissu? » : certains tissus, malgré leur légèreté, sont plus épais que d’autre et leur aspect gratté peut conduire le fil à s’enfoncer dans le tissu d’une manière peu esthétique lorsque la couture passe sur trop d’épaisseur. Il a donc fallu me rendre à l’évidence et ne pas commettre la même erreur que pour ma blouse Denver :  ma flanelle de coton ne conviendrait pas aux plis religieuse de la blouse Carme…Oh l’excellente excuse pour acheter un ou deux petits mètres de fuccra fleuri!

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Je ne me suis donc pas laissée démonter et j’ai décidé de ressortir un modèle qui m’avait beaucoup plu au moment de sa sortie en juin dernier, le « Marin d’eau douce ». J’avais beaucoup aimé le coudre et je savais qu’il m’allait sans modifications. Je n’avais en revanche pas beaucoup porté ma première version car je n’étais pas convaincue par l’association chambray bleu jean/passepoil vert menthe proposée par la « Box des Créatrices ». C’est étrange : sur le papier, ces deux couleurs froides allaient très bien ensemble…pourtant une fois cousue, mon marin d’eau douce avait désespérément l’air d’une blouse d’hôpital.

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J’affectionne particulièrement les encolures bateau, comme on en retrouve sur ce modèle mais aussi sur la robe Peony ou le joli tee-shirt Bronte. Dans le cas présent, il a fallu se poser l’épineuse question du passepoil. Le cas du passepoil est toujours source d’angoisse terrible pour moi : il faut d’abord trancher entre la nécessité de passepoiler ou non, puis si la réponse est positive, choisir une couleur.

Je dois avouer que pour une fois j’étais convaincue de l’absolue nécessité de passepoiler ce tissu pour moderniser un peu l’ensemble de la tenue. Pour autant, j’avais peur de trancher un peu trop et de « gniangniantiser » ma blouse plutôt que de la moderniser. Ce passepoil gris taupe traînait dans un de mes tiroirs et je l’ai sorti par hasard…et son côté un peu brut m’a semblé idéal pour mon marin primesautier. Nous voilà donc rendus sur l’affaire du passepoil.

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Aime comme Marin d’eau douce n’est franchement pas compliqué à coudre : il se compose d’un devant avec des pinces poitrines, d’un dos, d’une paire de manches, d’une paire de parementures pour l’encolure et d’une poche plaquée. Il faut simplement faire preuve de minutie à certaines étapes : pensez à bien marquer vos repères pour faire correspondre de manière exacte et symétrique les repères d’encolure et obtenir une découpe bateau équilibrée. Par ailleurs, la pose du passepoil dans les courbes est toujours plus délicate qu’en ligne droite, mais il suffit de piquer lentement et tout se passera très bien. À mes yeux ce patron est un patron que l’on peut conseiller à un-e débutant-e ou presque!

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Au lieu de surjeter les coutures, j’ai choisi de réaliser des coutures anglaises.  Pour l’ourlet, les explications préconisent la pose d’un biais, ce qui est la solution la plus facile pour respecter la forme liquette du bas de la blouse. Comme je n’avais pas plus de biais que de surjeteuse sous la main quand j’ai cousu cette blouse, j’ai fait sans. Afin de faciliter la réalisation de l’ourlet en arrondi, j’ai piqué une ligne de couture à un centimètre du bord (exactement comme dans le tutoriel de Pauline que je cite dans presque tous mes articles;) ) puis je m’en suis servi de guide pour faire mon rentré.

Pour le reste, RAS, comme on dit dans le métier. Je n’ai pas changé de mensurations depuis le dernier article (91-66-90) et j’ai coupé un S « Aime comme Marie ». J’ai opté pour la version courte (deux longueurs sont proposées). Je n’ai pas fait d’ajustement de buste : même si je dépasse de quatre centimètres le tour de buste préconisé pour un S, je sais que mon petit dos compense la profondeur de mon bonnet sur certains modèles. Comme j’avais fait une toile pour celui-là, j’ai pu m’apercevoir que les pinces se plaçaient bien et que je n’étais pas trop étriquée au niveau de la poitrine.

Le nécessaire

 

NécessaireDescriptionCoût
Tissu et fournitures1m 30 de flanelle de coton, Nani Iro, "Sen Ritsu" trouvé chez Cousette à 25 euros le mètres
1m 50 de passepoil en lin de la mercerie de Milly-la-Forêt à 3 euros le mètre
1m 30 de tissu : environ 33 euros
4,50 euros de passepoil
37,50 euros au total
PatronAime comme Marin d'eau douce par Aime Comme Marie14€
ModificationsAucune modification : le modèle est ici présenté en taille 36-38 (je fais 91 cm de tour de buste, 66 de tour de taille et 90 cm de tour de hanches)Modèle accessible avec un niveau de couture faux débutant ou intermédiaire. Il n'y a pas de difficulté majeure : il faut être minutieux lors de la découpe du col et la pose du passepoil.

 

Et parce que nous sommes mercredi et que mercredi c’est le jour de « Silence ça pousse », je vous quitte avec Stéphane Marie et Noëlle Breham.

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